Healthfil, des filaments nouvelle génération à usage médical

Imaginés par la société italienne TreeD Filaments, ces filaments spécifiquement développés pour la technique d’extrusion sont les premiers certifiés pour pouvoir être en contact avec la peau. Ils permettent de réaliser des géométries plus complexes qu’avec des machines conventionnelles, les orthèses s’adaptent ainsi parfaitement à la partie du corps concernée. Explications avec Fabio Canonico, directeur des ventes.

Corset en filament Healthfil. Impression 3D medicale

3DPS : > Qui est la société TreeD Filaments ?

Fabio Canonico : La société a été fondée en 1964. À la base nous fabriquons des plastiques extrudés (1). Nous avons toujours avancé et travaillé avec des clients auxquels nous proposions des applications industrielles et une expertise d’ingénierie. En 2014 nous avons décidé d’ouvrir une filiale et grâce aux connaissances en matière de polymères de Dario Negrelli Pizzigoni, le fondateur de l’entreprise, nous avons commencé la production de filaments pour l’impression 3D. Nous transférons nos connaissances dans les plastiques vers ce nouveau marché.

Avec ce savoir-faire reconnu, nous pouvons nous positionner comme un partenaire de haut niveau et éprouvé, ayant acquis une vraie expertise sur les matériaux d’imprimante 3D par dépôt de matière fondue. Nous ne sommes pas une grande entreprise mais grâce à cette taille moyenne, notre processus décisionnel est raccourci, nous pouvons réagir rapidement aux tendances du marché et répondre aux besoins de nos clients.

3DPS : >Qu’est-ce qui vous a amenés à vous intéresser au volet médical de l’impression 3D ?

Fabio Canonico : Nous avons toujours produit des filaments techniques, mais jamais pour des applications médicales. Il y a un an et demi, après une discussion avec Marco Avaro (ingénieur en mécanique spécialisé dans les applications biomécaniques et membre du groupe Porzio, basé à Udine) et le docteur Lelio Leoncini (directeur médical du centre de thérapie et de réadaptation Sanatrix, dans la province italienne de Potenza) qui commençaient à utiliser l’impression 3D dans leur métier, ainsi qu’avec un producteur d’imprimantes, nous avons eu l’idée de créer des filaments dédiés à ce marché.

La raison était double : répondre aux besoins de ces deux techniciens et donner une valeur ajoutée à nos filaments. Pour répondre à ces deux objectifs, nous avons dû mettre au point un composant spécifique, pas simplement utiliser un matériau déjà existant. Il a fallu résoudre un certain nombre de problèmes techniques qui se posaient durant l’impression et grâce à leurs suggestions nous avons pu ajuster la formule. Nous avons ainsi créé cette nouvelle ligne Healthfil en suivant les tendances du marché, la vision stratégique du créateur de l’entreprise et les requêtes des deux techniciens.

"Ce sont des filaments créés spécifiquement à partir d’une formule originale et avec une certification pour le contact avec la peau"

Fabio Canonico

3DPS : Est-ce un domaine d’avenir selon vous ?

Fabio Canonico : Oui pour nous c’est le futur. Il y a beaucoup d’avantages à utiliser l’impression 3D : un produit personnalisé et adapté, réalisé par une machine, plus rapidement qu’avec les anciennes techniques et qui coûte moins cher.

3DPS : Quelles sont les particularités techniques des fils que vous proposez ?

Fabio Canonico : Ce sont des filaments créés spécifiquement à partir d’une formule originale et avec une certification pour le contact avec la peau (nous respectons
la norme ISO 10993-5. Ils ont réussi les tests de cytotoxicité (2). À noter toutefois qu’ils ne peuvent pas être utilisés sur des blessures ouvertes ni être implantés : ils ne sont pas biocompatibles.

Les prochaines étapes pourraient être :
> La certification Irritation : elle doit être faite “in vivo“ (et non pas “in vitro“). Cela signifie qu’on doit prendre des échantillons de peau (de la peau imprimée en 3D) et faire de nouveaux tests.
> La certification Sensibilisation : elle doit être faite sur des cobayes, ce qui suppose d’utiliser des animaux. Or pour le moment nous ne pratiquons aucun de ces deux tests.

De la même manière, nos filaments n’ont pas de classe, ce ne sont pas des dispositifs médicaux. Il faut être conscient que lorsque l’on imprime un objet avec eux, il faut le faire certifier à son tour. Nos matériaux, pendant le processus d’impression, supportent des contraintes mécaniques et thermiques. La certification de l’objet établira sa classe comme dispositif médical.

3DPS : Ce type de fils n’existait pas ? Est-ce que vous proposez l’impression des objets finis ?

Fabio Canonico : Ce type de filaments n’avait jamais existé auparavant. Nous avons été les premiers à en produire. Mais nous restons dans ce que nous connaissons, nous ne nous occupons pas de l’impression elle-même, pas plus que des fichiers STL. Nous n’imprimons que quelques objets en guise de test. Cela nous permet également de les montrer pour expliquer ce qu’ils sont capables d’aider à produire.

3DPS : Pour quels types de produits médicaux vos fils sont-ils le plus adaptés ?

Fabio Canonico : Les filaments sont étudiés pour des applications orthopédiques au contact de la peau. On peut en particulier produire des corsets correcteurs, des prothèses de membres supérieurs et inférieurs, des éléments d’exosquelettes, des semelles orthopédiques, des éléments de supports structurels, des assistants de mobilité…

Le docteur Lelio Leoncini a ainsi développé des bustes imprimés personnalisés
en 3D pour guérir la scoliose, imprimé avec l’un de nos filaments. Il obtient ainsi des modèles plus confortables et moins chers que des modèles classiques.

(1) Plastiques extrudés : l’extrusion est un procédé de formage des matières plastiques consistant à pousser la matière à fluidifier à travers une filière
(2) La cytotoxicité est la propriété d’un agent chimique ou biologique à être toxique pour les cellules, éventuellement jusqu’à les détruire

 

www.healthfil.com

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