Kerpape : un Fablab pour adapter les objets aux personnes handicapées

Dans le Morbihan, ce centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle a son imprimante 3D qui permet aux patients de concevoir eux-même les aides techniques qui vont faciliter leur quotidien.

Un patient du centre de rééducation kerpape devant un logiciel d'impression 3D
Des patients fabriquent leurs propres accessoires au fablab intégré

Avec l’impression 3D comme dans la vie, parfois ce n’est pas tant le but qui compte, mais le chemin. C’est cette maxime revisitée qu’on pourrait appliquer au centre mutualiste de Kerpape. Ce centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle, situé à Ploemeur près de Lorient, accueille 400 patients par jour et est le seul en France à avoir un laboratoire électronique intégré.

Et comme l’explique Jean-Paul Departe, l’un des ingénieurs, c’est autant pour le résultat, faciliter la vie quotidienne, que pour faire du patient un acteur de cette amélioration. « Une personne qui ne bouge que la tête a assez peu de prise sur son environnement. Alors l’aider à réaliser par elle-même quelque chose est extrêmement important. »

À Kerpape, il n’y a pas les ingénieurs, ergothérapeutes et soignants d’un côté et les patients de l’autre. L’idée d’un laboratoire sur site, c’est aussi pour impliquer tout le monde dans cette réflexion qui touche à bien des domaines: aménagement du domicile, faciliter l’accès aux nouvelles technologies (afin que les personnes tétraplégiques soient autonomes face à une tablette ou un smartphone), rendre plus ergonomique un objet.

Un fablab ouvert où les patients imaginent et dessinent les aides techniques

Face à ces défis du quotidien, l’émergence de l’impression 3D a modifié les points de vue. «Notre rehab-lab est un espace ouvert. Quand il y a besoin d’une aide technique (1), on va travailler avec un ergothérapeute, un référent technologique et on va proposer au patient d’être partie prenante. On va lui apprendre à utiliser un logiciel simple de dessin et l’aider à dessiner l’objet complètement, pour qu’il soit ensuite imprimé en 3D. »

Tous les patients n’ont pas la même envie d’implication. Aussi le système se décline en divers niveaux. La personne peut utiliser les plans d’un objet qui existe déjà et juste adapter les cotes à ses besoins, par exemple changer la largeur de la main, mais il aura eu une action même minime de personnalisation. Ou bien venir pour « brasser des idées, voir juste ce qui se passe ». Sans oublier les personnes qui sont en rééducation simple, sans besoin technologique particulier, mais ont envie de s’impliquer dans le processus.

Fabriquer ses propres aides techniques avec une imprimante 3D a aussi d’autres intérêts. La possibilité de refabriquer l’objet en cas de casse, d’en faire plusieurs facilement et des coûts assez réduits

Une volonté d’échange et de partage

Depuis son ouverture en février 2016 c’est ainsi une cinquantaine de patients qui est passée par ce fablab particulier. En sont sortis des supports pour aider à boire au verre, des poignées ergonomiques, des pinces… « La personnalisation est essentielle pour les pathologies lourdes. Le laboratoire est aussi un espace d’échanges et de partage. Les objets qu’on a créés peuvent être utiles à d’autres. On a donc ouvert un compte sur Thingiverse, un site de partage gratuit d’objets 3D. Ainsi notre support de feutres pour les enfants avec une mauvaise préhension a été téléchargé 150 fois en trois mois. »

Fabriquer ses propres aides techniques avec une imprimante 3D a aussi d’autres intérêts. La possibilité de refabriquer l’objet en cas de casse, ou d’en faire plusieurs facilement. Des coûts assez réduits et une facilité de mise en œuvre. « La question du poids des objets est aussi très importante pour les personnes en situation de handicap. Avec l’impression 3D on peut régler le poids de l’objet imprimé de façon très fine en fonction de la densité du matériau. »

Veille technologique et innovation

À Kerpape, on fait aussi beaucoup de veille technologique sur les situations spécifiques aux personnes handicapées, mais aussi sur tout ce qui concerne le grand public et qui peut potentiellement être adapté. « On a trouvé un fil qui change de couleur en fonction de la température. On en a fait un support de verre pour aider les gens qui ont des problèmes de sensibilité à ne pas se brûler. »

Le centre travaille aussi avec les universités voisines, comme l’université de Bretagne Sud qui a développé un filament biosourcé, l’Istroflex, composé à 30 % de coquilles d’huîtres, adapté aux objets qui ont besoin d’être souples. Ils les consultent aussi, via son plateau technique ComposiTic, pour tester des échantillons de matériaux. « La technologie évolue très vite dans ce domaine. »

Un mode de fonctionnement qui interpelle les autres centres de réadaptation, qui viennent voir comment adapter le concept. « Nous sommes d’ailleurs en train de monter une formation spécifique pour les ergothérapeutes, qui pourrait déboucher sur une communauté, toujours dans l’idée d’échanges. » L’atelier d’orthoprothèses, même s’il n’a pas encore son imprimante, commence à réfléchir à développer ses propres produits. Même Médecins Sans Frontière s’intéresse au concept, avec l’idée de développer ce mode de fonctionnement sur les territoires où il y a des situations d’urgence.

UN FAUTEUIL ADAPTÉ AUX ENFANTS
Le centre Kerpape accueille de nombreux étudiants stagiaires. Depuis trois ans, il organise avec une école d’ingénieurs un hackaton au cours duquel divers projets sont étudiés.
L’un d’eux concerne la conception d’un fauteuil électrique pour enfants très jeunes, ceux du marché n’étant pas adaptés. La base est faite en partie avec des matériaux simples qu’on trouve dans des magasins de bricolage et pas mal de pièces imprimées en 3D.
L’idée est de publier, une fois le projet terminé, une fiche pratique pour que les familles puissent monter elles-mêmes ce fauteuil.

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